lundi 5 octobre 2009

Quand Maud descend dans le Sud, mironton-mironton-mirontaineuhhhh

Petit trajet dans le sud… le 30 septembre 2009

Aujourd’hui, grand jour au boulot : je pars enfin sur le terrain ! Après avoir passé plus de trois semaines derrière mon ordinateur, je suis tout émoustillée à l’idée de voir un peu la frimousse des gens qui, pour l’instant, ne sont pour moi que des chiffres, des pourcentages, et des gros classeurs pleins de paperasse en arabe… Souad, Misha et moi-même partons à 9h du mat du bureau sous la conduite de George, notre chauffeur. La voiture appartient au bureau : les logos de l’ESFD ainsi que de l’Union Européenne ( sont des acharnés de la « visibility » ceux-là) ornent nos portières- tout cela donne un air encore plus officiel à ce petit périple, qui ne va pas sans flatter un peu mon orgueil de petite stagiaire.

On file donc vers le Sud- je reconnais la route qui mène à Saida, et puis le paysage change peu à peu- sur les collines libanaises, la végétation se raréfie : les arbres rétrécissent (non, ce n’est pas moi qui grandi…), la terre devient un peu plus caillouteuse. Les riches camaïeux de vert qui font la beauté du chouf font ici place aux verts clairs des oliviers et à la broussaille du coin, ainsi qu’à une variété d’ocres clairs. Ça et là, apparaissent des champs un peu plus clairs : des cultures de tabac. La plupart des pentes sont arrangées en terrasses.

Plus on s’enfile sur les routes, plus les habitations perdent de leur cachet supra luxueux-je-vous-en-jette-plein-la-vue, et on passe le plus souvent des modestes immeubles de trois- quatre étages, éparpillés dans la campagne. Parfois, un virage découvre quelques villas immenses entourés de parcs luxuriants avec piscine &co...ceux qui font fortunes dans le Golfe ou en Afrique qu'il parait.

Mais se qui m’attire le plus l’attention, c’est surtout le paysage publicitaire qui orne le bord des routes. Hezbollah-land dans toute sa splendeur où de gros barbus à l’air pas commode, mais alors pas commode du tout nous regardent sévèrement du haut de leurs posters, la plupart défraichis. Ils sont couverts d’inscriptions que la néophyte arabophone que je suis ne peux déchiffrer. On m’explique que la plupart chantent les louanges des martyrs mort pour la résistance, en particulier lors du dernier conflit avec Israel.

C’est d’ailleurs une des raisons de ma présence ici- nous sommes chargés de lancer un projet de réhabilitation du système d’irrigation dans le village d’Adchit Touline, qui, ironiquement avait déjà été financé par l’ESFD et qui a été détruit, ainsi qu’une bonne partie des infrastructures pendant la guerre.

On est aussi surprit par le calme qui règne- peut-être trop habituée à la cacophonie beyroutine, là, on fait plusieurs kilomètres pour croiser 5 voitures : deux 4x4 appartenant à une ONG pour le déminage des champs agricoles, deux jeep estampillées UNIFIL, et une vielle bagnole déginglée arrêtée sur le bord de la route-monsieur s’efforce de mettre la tête dans son capot pour comprendre l’origine de la panne, Madame, toute de noir vêtue (et pas la version « la petite robe noire » de Chanel), tient un petit garçon dans les bras, attend à ses côtés. On s’arrête pour leur prêter un portable, histoire qu’ils ne cuisent pas trop longtemps au soleil.

Enfin arrivés à Adchit Touline (on s’est un peu perdu- y’a pas un seul panneau de direction), on nous installe dans la « salle paroissiale » du coin : le basement de la mosquée. Cette dernière est d’ailleurs, comme une grande partie des maisons du coin, absolument toute neuve… merci le Hezbollah ? l’Arabie Saoudite ? le Qatar ? Koweit ? Reçus par le maire du coin, un jeune papi aux cheveux blancs et aux yeux bleus- « Sabah el-Jeyer » à quoi on s’incline, la main droite sur le cœur : on ne serre pas la main des femmes, et on répond « sabah el nour ». Je reçois des « bonjours » encore plus chaleureux quand nos interlocuteurs apprennent que je suis française.

Des tables ont été préparées avec boissons et petits gâteaux, on installe, avec plus ou moins de mal, le rétroprojecteur, et c’est parti pour 3 heures de présentation en arabe. Je connais la présentation en anglais, mais c’est plus fort que moi, c’est excessivement soporifique, et je lutte comme je peux contre le sommeil- car après tout, je représente aussi l’ESFD, donc gare au comportement ! J’essaye de me distraire en regardant les posters qui ornent les murs de la salle : pas d’intrusion d’une grosse femme à côté d’un cochon (reference, reference???!!!), on porte plutôt dans le registre propagande pour les martyres. Je reconnais Nasrallah, qui la main sur les yeux, semblent être en train de pleurer- la réponse se trouve écrite en arabe dessous, mais je pense que si on faisait un pendu, les mots « martyrs, résistance, gloire et honneur » ressortiraient. Y’a un gros barbu derrière moi, il parait que c’est un martyr du coin. Et surtout, les dessins kitchissimes relatant je pense, la défaite de Hassan devant les troupes ottomanes a' Kerbela, et la gloire des martyres- c’est quand même assez gore : on voit une femme entièrement voilée qui tient un môme sanguinolent dans ses bras dont la gorge est transpercée d’une flèche- ouais, vous verrez pas ça chez tout le monde !

Vers 15h, on termine- enfin- remerciements et tout le tralala, puis retour au bureau.

2 commentaires:

  1. Le sud Liban est très étonnant quand on s'y rend... surtout par rapport à ses différences vis à vis de ce que rapportent les médias généralement.

    Nous on s'était rendu à l'invitation du contingent francais de la finul.
    Etonnant parce que déjà les conducteurs sont beaucoup plus civilisés là bas que par rapport au reste du Liban

    au plaisir de vous relire

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  2. Maudou, ton blog est si intéressant ! on s'y croirait ! très vivant, madame ! oui, oui, quel talent pour raconter... écoute ma petite Maud, je te souhaite une bonne continuation, entre ton stage qui s'anime enfin, tes nouveaux amis, tes découvertes... ça me passionne ! je vais en apprendre des choses sur le Liban dis donc !
    gros bisous, en attendans de répondre à ton mail,
    Delphine

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